Béringie sur les grottes de la Bluefish.
Les premiers peuples du Yukon
Le moment exact de l’arrivée au Yukon des premiers peuples autochtones et leurs itinéraires précis font encore l’objet de débats. Les analyses génétiques, archéologiques, linguistiques et géologiques s’accordent toutefois sur un point : l’immense ancien pont continental de la Béringie a joué un rôle dans les origines des peuples autochtones de l’hémisphère occidental.
La Béringie est apparue à une époque où la majeure partie des eaux de la planète étaient emprisonnée dans d’immenses glaciers. Cela a entraîné un abaissement du niveau de la mer, laissant place à une vaste prairie froide et aride à laquelle on a donné le nom de « steppe à mammouth », qui s’étendait de l’Espagne actuelle à l’Alaska et au Yukon, en passant par l’Eurasie et la Sibérie.
Au fil de milliers d’années, les glaciers ont successivement avancé puis reculé, dessinant au passage les vallées et les paysages et influençant le climat local. Pour bon nombre de grands animaux comme les mammouths, les bisons des steppes et les chevaux, la Béringie était un lieu de migration. Des vestiges archéologiques, dont des outils de pierre et des ossements brûlés, montrent que de petits groupes d’humains suivaient ces animaux dans l’est de la Sibérie il y a environ 45 000 ans.
Pour survivre dans les zones subarctiques et arctiques, les premiers peuples avaient besoin de compétences avancées : outils de chasse efficaces, vêtements chauds, abris solides et sources fiables de nourriture tout au long de l’année. La traversée de la Sibérie à l’Alaska et au Yukon n’était pas un voyage unique, mais un processus visant à développer et à perpétuer des compétences de survie au fil de nombreuses générations. Par ailleurs, des parties de la Béringie étaient parfois impraticables, car les eaux et les glaciers pouvaient piéger des groupes d’animaux et d’humains ou les forcer à rebrousser chemin. Dans un tel environnement, la survie humaine nécessitait une grande mobilité, probablement multidirectionnelle. Malgré ces défis, certains groupes sont parvenus à rejoindre l’Amérique du Nord en empruntant cet itinéraire. Lorsque les glaciers se sont retirés et ont fondu, le paysage de la Béringie a été inondé, formant ce qu’on appelle aujourd’hui la « mer de Béring ».
Sites archéologiques dans la Béringie yukonnaise
On trouve peu de vestiges archéologiques dans l’est de la Béringie, mais les sites existants laissent penser que les chasseurs préhistoriques privilégiaient les terrains élevés (terrasses et collines) qui surplombaient les vallées de rivières libres de glace. Ces endroits permettaient d’observer les animaux qui se déplaçaient dans les vastes étendues couvertes d’herbes et d’arbustes. Les chasseurs préhistoriques comptaient probablement sur de solides réseaux sociaux et la communication avec de petits groupes très dispersés, ce qui a contribué à déployer leur présence en Amérique du Nord jusqu’à la fin du Pléistocène (il y a environ 11 700 ans).
Site Little John
Situé sur le territoire traditionnel de la Première Nation de White River près de la frontière entre le Yukon et l’Alaska, le site préhistorique Little John surplombe le bassin hydrographique de la rivière Tanana et date d’environ 14 000 ans. Dans les plus anciennes couches sédimentaires, les archéologues ont exhumé plusieurs outils en pierre, dont des pointes de lances en forme de goutte d’eau caractéristiques du complexe Chindadn. Des restes d’animaux bien conservés prouvent que les chasseurs préhistoriques de cette région avaient un régime alimentaire varié. Pour preuve, les restes d’animaux qui avaient été dépecés sur place, dont des bisons des steppes, des caribous et des wapitis, côte à côte avec ceux de loups, de lièvres et de cygnes. Ce site se trouve à la limite de l’avancée glaciaire de Mirror Creek et semble être lié à d’autres camps de la fin de la période glaciaire le long de la vallée de la rivière Tanana en Alaska.
Site Britannia Creek
Situé sur les territoires traditionnels des Premières Nations de Selkirk, de White River et des Tr’ondek Hwech’in au centre du Yukon, le site Britannia Creek remonte également à environ 14 000 ans. Des ossements d’ours, de loups, de lièvres, de mouflons et de caribous ont été exhumés des plus anciennes couches du sol, ainsi qu’une pointe de lance cassée, ce qui confirme que ce site servait de poste de chasse dans la partie supérieure de la vallée du fleuve Yukon pendant la période glaciaire. Les couches supérieures du site contenaient de l’obsidienne provenant des environs de la rivière Koyukuk en Alaska, signe des relations commerciales avec la région de Batza Tena entre Fairbanks et Nome.
les grottes de la Bluefish qu’on peut voir
au Centre d’interprétation de la Béringie
du Yukon.
Grottes de la Bluefish
Les grottes de la Bluefish sont probablement le site archéologique le plus connu de la Béringie orientale à ce jour. Elles se trouvent sur le territoire traditionnel des Gwitchin Vuntut, au sud-ouest d’Old Crow et surplombent la rivière Bluefish. Des outils en pierre trouvés sur place nous indiquent que des chasseurs préhistoriques vivaient dans cette région non glaciaire du nord du Yukon il y a environ 14 000 ans.
aux grottes de la Bluefish.
Plus intéressant encore, on y a trouvé des signes d’activité humaine bien plus ancienne (dépeçage et fabrication d’outils). Une mandibule de cheval portant des traces de découpe, un long os de mammouth travaillé et un outil de découpe fait du même os remonteraient à 24 800 ans selon la datation au radiocarbone. Ces dates font l’objet de débats depuis 50 ans, mais de récents travaux ont confirmé l’existence d’autres os portant des marques d’entaille datant d’époques similaires. Cela confirme que les grottes de la Bluefish sont l’un des sites archéologiques les plus importants de l’est de la Béringie.
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