De tous les animaux de l’époque glaciaire qui peuplent encore notre planète, le spermophile arctique est vraisemblablement celui qui nous en a le plus appris sur le monde à cette époque. Le spermophile est d’abord apparu il y a environ 10 millions d’années en Amérique du Nord. Il s’est ensuite répandu rapidement au nord et à l’ouest, en Eurasie. Les plus anciens restes de spermophile arctique ont été trouvés en Alaska et datent d’il y a 1,8 à 2,5 millions d’années. Aujourd’hui, on retrouve ce rongeur de taille modeste au-delà de la limite des arbres et dans les endroits sans arbres du Nord circumpolaire, de la Sibérie à l’est de l’Arctique canadien. Il est répandu dans le sud du Yukon, où on l’aperçoit souvent en bordure de route. Il y a même une population unique de spermophiles arctiques noirs comme du jais qui vivent près de la route de l’Alaska au sud de Whitehorse (Yukon).
Le spermophile arctique est bien adapté au milieu arctique, et particulièrement au froid glacial qui régnait quand la steppe à mammouths s’étendait sur la Béringie. Il vit en grandes colonies pouvant compter jusqu’à 50 individus qui entretiennent de vastes réseaux de tunnels. Le spermophile arctique survit aux longs hivers en hibernant pendant sept ou huit mois dans sa tanière (aussi appelée hibernaculum), environ 100 cm sous terre. Pendant l’hibernation, il accomplit l’un des exploits les plus incroyables de tous les mammifères de la planète : il laisse sa température corporelle descendre sous le point de congélation, jusqu’à -2,9 °C, et se réchauffe par intermittence en grelottant.
Pour survivre lorsqu’il émerge de sa tanière, entre la fin avril et le début mai, il s’alimente de graines et de graminées qu’il a cachées à l’automne précédent. Ces adaptations ont préservé des traces qui forment des archives inédites des plantes de l’époque glaciaire, ce qui est bien pratique pour les scientifiques qui étudient cette période.
Le spermophile arctique au Yukon pendant l’époque glaciaire
On trouve souvent des restes de spermophile arctique datant de l’époque glaciaire dans la boue épaisse des champs aurifères du Klondike, près de Dawson. On peut d’ailleurs observer leurs terriers préhistoriques qui parsèment les parois de pergélisol de nombreuses mines d’or placérien.
De nos jours, les populations de spermophile arctique sont restreintes aux aires ouvertes isolées du sud et du nord du Yukon, alors qu’à l’époque glaciaire, leur aire de répartition s’étendait aux champs aurifères du Klondike, dans le centre du Yukon. Aujourd’hui, le spermophile arctique ne vit pas dans la région des champs aurifères du Klondike en raison de la proximité du pergélisol avec la surface à cet endroit; le rongeur ne peut tout simplement pas creuser dans le sol gelé, alors qu’il lui faut au moins 100 cm de profondeur pour faire son hibernaculum.
La découverte de terriers de spermophile arctique datant de l’époque glaciaire dans les champs aurifères peut sembler contre-intuitive, puisqu’elle signifie que pendant les périodes glaciaires, le spermophile arctique pouvait vivre dans des régions où il est actuellement absent à cause de la proximité du pergélisol avec la surface. On peut donc en déduire que pendant ces périodes glaciaires, le dégel saisonnier du pergélisol devait être plus profond qu’aujourd’hui.
Cette découverte, conjuguée aux connaissances acquises grâce à l’étude des plantes et des graines préservées dans les réserves des spermophiles arctiques, permet aux scientifiques de comprendre comment la végétation de la steppe à mammouths, un lieu froid et sans arbres, pouvait abriter autant de grands mammifères, comme le mammouth laineux, le bison, le cheval et tous leurs prédateurs.
Vous avez soif de savoir? Alors, consultez les notes de recherche béringiennes sur le spermophile arctique.